La Villa

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La Hublotière ! Quel est l’homme sensible et courageux qui a laissé ici à Guimard la bride sur le cou? Peut-être un maître de maison qui cherche à épouser son temps, peut-être un libéral. On rêve de Zola, de Clémenceau, de Jules Renard ou de Claude Monet grimpant les sept marches qui permettent d’accéder à la réception.

Maurice Rheims

La Villa Berthe, plus connue sous le nom de « la Hublotière », a été construite du printemps à l’automne 1896 par l’architecte Hector Guimard. Première villa Art Nouveau de Guimard, cette construction vésigondine est contemporaine de la création d’un immeuble de rapport situé dans le XVI° arrondissement parisien, le Castel Béranger (1894-1898). Ces deux édifices peuvent être rapprochés et comparés, on notera le souci de symétrie présent à la Hublotière. Inscrite à lInventaire supplémentaire des Monuments Historiques en 1979, cette villa est un témoignage essentiel de la période où l’architecte développe un vocabulaire Art Nouveau et affirme un style architectural personnel qu’il désignera quelques années plus tard sous le nom de « style Guimard ».

La maison s’élève sur trois niveaux, et chaque façade présente une originalité et une identité propre. Assise sur un soubassement de pierre blonde traitée façon meulière, rappelant l’époque médiévale, la maison semble bien posée et pourtant reste légère et agréable à regarder.

La grille d’entrée, disposée sur la droite du terrain, donne tout de suite le ton, avec son fer forgé « vert tige » et ses courbes fines, élancées, en « coup de fouet« . Cette courbe est la principale caractéristique du style de Guimard, que l’on retrouve sur pratiquement toutes ses œuvres.

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La symétrie de la façade principale peut ici surprendre. Mais sans doute faut-il y voir le souci de Guimard de se conformer à l’environnement de la construction afin de l’intégrer au mieux au milieu des superbes villas de cette petite ville en pleine expansion, où se côtoient les folies et les pastiches.

Maurice Rheims

La façade principale, qui donne côté rue, présente une symétrie quasi-parfaitede plus, la travée centrale se courbe pour suivre les formes du « bow-window » de l’étage comble. Le rez-de-chaussée est constitué de deux baies cintrées donnant accès à une petite terrasse, ainsi qu’une large ouverture centrale qui s’ouvre sur quelques marches.

A l’étage, quatre fenêtres simples et rectangulaires, dont les balcons en fer forgé contrastent avec l’imposante fenêtre centrale et son balcon de pierre en arrondi. Le sommet de chaque fenêtre présente des ornementations similaires à celles présentes à l’intérieur, sur des plafonds, mais avec des motifs plus contrastés.

L’étage-comble est composé de deux lucarnes qui encadrent la principale « bow-window », et le toit est surmonté d’une terrasse délimitée par les balustrades en fer forgé, comme une couronne sur la tête d’un roi.

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Les accès s’effectuent par deux voûtes qui voisinent mais n’ont guère en commun, l’une arborant une sorte de « coiffe », l’autre, par son ampleur et son décrochement, permettant à l’arrière d’inonder les arrières-plans.

Maurice Rheims

La porte d’entrée se situe à droite, au fond d’un porche à voûte cintrée, ouvert du coté jardin. Le conduit de cheminée, entourant la fenêtre du rez-de-chaussée, repose sur des culots à différents niveaux. Au niveau de la cave, donc au ras du sol, trois hublots derrière des grilles en fer forgé ont donné le nom de « Hublotière » à la villa. Une seule fenêtre est présente à l’étage, rappelant les fenêtres de la façade côté rue au même étage. C’est d’ailleurs son seul point commun avec elle.

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En guise d’escalier, une tour dont les fenêtres taillées en biais évoquent la montée : un exploit architectural dont on ne retrouve nulle part l’équivalent sinon quelque peu esquissé, mais moins élégant, dans la cour du Castel Béranger.

Maurice Rheims

Cette façade mérite beaucoup d’attention, car elle présente bien des particularités et s’oppose complètement à la façade avant. Totalement dissymétrique, elle présente pourtant elle aussi une travée centrale, mais son organisation est différente.
Nous retrouvons à gauche l’arcade d’entrée, large, créant une profondeur surprenante. Elle est surmontée de deux fenêtres et d’une lucarne, très semblables elles aussi à celles de la façade côté rue.
A droite, les fenêtres sont placées de façon aléatoire; elles sont de forme et de taille différentes, style « château fort ». La lucarne, toujours traitée de la même façon, donne un cadre à tout ce mouvement.

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C’est la façade la moins visible, et celle qui présente le moins d’originalité. Pourtant, Guimard reprend des détails de chacune des trois autres faces. Ainsi on y retrouve la fenêtre de la façade côté rue, les hublots et la cheminée de la façade latérale droite, ainsi que la dissymétrie et l’aspect désordonné des fenêtres de la façade arrière.

 

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Premier projet de Hector Guimard pour la villa Berthe (avril 1896)
De haut en bas et de droite à gauche : élévation du mur de clôture, élévation de la façade arirère et coupe transversale.
Source : Archives communales du Vésinet.

>> Ainsi, la maison du Vésinet est une symbiose remarquable de l’influence néo-gothique, inspirée à Guimard par celui qu’il appelait son maître (Viollet-le-Duc, l’architecte notamment à l’origine de la restauration de Notre-Dame de Paris) et du naturalisme abstrait que l’artiste appréciait tant. L’architecture de l’extérieur et celle de l’intérieur créent un ensemble insolite, tout en restant un endroit agréable à vivre.

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A lire : La Hublotière dans l’oeuvre de Guimard, par Déborah Pladÿs

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Guimard n’a pas seulement réalisé une architecture extérieure singulière, il a également conçu l’aménagement intérieur de cette villa afin de livrer au commanditaire une maison agréable à vivre, d’une surface habitable d’environ 375 m2.

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A partir des années 1870, une attention accrue est portée à la lumière par les artistes. Les impressionnistes partent peindre à l’extérieur, à la recherche d’une lumière qui vient illuminer et faire vibrer l’espace de la toile comme dans Le bal du Moulin de la Galette de Renoir (1876). A la fin du XIXème siècle, dans l’architecture, on retrouve cette prise en considération de la lumière. A travers les réalisations des architectes de l’Art Nouveau transperce le souci de faire dialoguer les volumes avec la lumière et d’organiser les espaces en fonction de leurs usages. Horta, avec l’hôtel Tassel à Bruxelles en 1893, avait déjà transformé l’escalier en puits de lumière.

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Ici, à la Hublotière, la lumière pénètre amplement dans les espaces intérieurs, grâce à la taille et au nombre des ouvertures. Au rez-de-chaussée, Guimard place de larges baies cintrées donnant sur la terrasse, éclairant les pièces de réception, salons et salle à manger, disposées en enfilade. De plus, dans ces pièces, au-dessus des cheminées, Guimard installe des ouvertures donnant sur les deux façades latérales. Les espaces du rez-de-chaussée, trois pièces distinctes mais qui peuvent être réunies grâce à l’ouverture de grandes portes, sont ainsi traversés par la lumière.

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La distribution intérieure, restée authentique, s’organise autour des pièces de réception au rez-de-chaussée – complétées par la cuisine – et les pièces d’habitation aux étages, autant d’espaces aux volumes clairs. Au premier étage, Guimard reprend l’idée de disposition des pièces en enfilade avec trois chambres donnant sur la façade principale, chacune possédant une large ouverture et son propre balcon. Ces chambres forment des entités indépendantes qui peuvent très bien communiquer entre elles au moyen de portes disposées dans un même alignement. L’articulation des espaces intérieurs entre eux est donc ici une des préoccupations essentielles de Guimard.

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plan_interieur_2e_etageL’étage de comble comporte une grande pièce centrale, traditionnellement appelée le « salon de musique« . On peut y déceler le souci de l’architecte de donner à cette pièce un aspect à la fois esthétique et fonctionnel. Le plafond, alternance de motifs de vagues en stuc et poutres de bois, se découpe en plusieurs pans qui viennent encadrer le bow-window. Face à cette ouverture, Guimard a ménagé dans la cloison des renfoncements, qui peuvent servir d’espaces de rangement, couronnés par un encadrement ondulant.
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>> Partisan d’un art total, Guimard réalise à la Hublotière les décors architecturaux intérieurs afin d’insuffler une dimension artistique à l’habitation moderne. Soucieux de prendre en charge l’aménagement de l’ensemble de la demeure, Guimard a conçu ici un magistral escalier tournant à retours avec jour. Il est le seul à desservir tous les étages et mène jusqu’à la terrasse. En teck, il comporte des montants cannelés et des pommeaux aux motifs chantournés. La métaphore végétale, souvent employée par les artistes de l’Art Nouveau, se retrouve dans cet escalier qui peut évoquer la croissance d’un arbre avec, au fur et à mesure des étages, des paliers qui s’élargissent. Quant aux plafonds du hall et des pièces aux étages, ils sont animés d’un délicat mouvement ondulant. Les motifs de vagues en stuc forment un contrepoint lumineux aux poutres de bois.

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